Cas clinique : dyspnée aiguë et choc chez une patiente sous immunothérapie (checkpoint inhibitors)
Vignette clinique
Femme de 62 ans, CBNPC métastatique, sous pembrolizumab (3e cure). Consultation pour dyspnée rapidement progressive, douleurs thoraciques atypiques et asthénie. À l’arrivée : TA 85/55 mmHg, FC 118/min, SpO2 90% AA, marbrures. ECG : sus-décalage ST diffus discret + troubles de conduction intermittents. Troponine fortement élevée, BNP augmenté. TDM thoracique : pas d’embolie pulmonaire, infiltrats discrets.
Problème
Le diagnostic évoqué initialement était un SCA, mais l’association hypotension + troubles de conduction + troponine élevée dans le contexte d’anti-PD-1 a fait suspecter une myocardite induite par immunothérapie (souvent précoce, potentiellement fulminante).
Démarche diagnostique (approche globale)
- Stabilisation (choc) : remplissage prudent, vasopresseurs, monitorage en soins intensifs.
- Cardio : échocardiographie (fonction VG parfois conservée), IRM cardiaque (critères de Lake Louise), discussion biopsie endomyocardique si forme sévère/incertaine.
- Multisystémique : rechercher myocardite associée à myosite/myasthénie (CPK, aldolase, EMG si besoin), bilan thyroïdien et cortisol (endocrinopathies associées).
- Différentiels : SCA, takotsubo, sepsis, tamponnade, EP, myocardite virale.
Prise en charge (multidisciplinaire)
- Arrêt immédiat de l’immunothérapie.
- Corticothérapie IV à forte dose sans délai en cas de suspicion forte (ex. méthylprednisolone 500–1000 mg/j 3 jours, puis relais oral + décroissance lente).
- Si réfractaire : ajout précoce d’immunosuppresseurs (mycophénolate, abatacept, IVIG, ATG selon sévérité/protocoles locaux) en lien cardio-onco/soins intensifs.
- Surveillance rythmique (bloc AV, TV) et discussion assistance circulatoire si choc cardiogénique.
Points clés
- La myocardite liée aux checkpoint inhibitors est rare mais à mortalité élevée, nécessitant un traitement empirique rapide.
- Le tableau peut mimer un SCA avec coronaires normales.
- Toujours penser à une atteinte associée (myosite/myasthénie), déterminante pour le pronostic.
Sources
- ESC Guidelines 2022 (Cardio-oncology).
- ASCO Clinical Practice Guideline update sur les toxicités immuno-induites (irAEs).
- Revue/consensus : myocardite sous ICI (JACC/Cardio-Oncology, articles de synthèse récents).
Question pour la communauté : dans vos centres, utilisez-vous un algorithme standardisé (troponine/ECG systématiques) de dépistage sous ICI, et à partir de quel seuil déclenchez-vous l’IRM ou la biopsie ?
4 commentaires
Tableau très évocateur d’une myocardite fulminante liée aux checkpoint inhibitors (pembrolizumab), plutôt qu’un SCA : choc, dyspnée, ST diffus (aspect myopéricarditique), troubles de conduction fluctuants, troponine très élevée, BNP augmenté, et TDM sans EP. Les infiltrats discrets font aussi discuter pneumonite associée, souvent concomitante. La priorité est de ne pas “perdre du temps coronarien” : prise en charge en réanimation, ETT immédiate (FEVG, cinétique, épanchement, fonction VD), monitorage rythmique, bilan associé (CK, myosite, enzymes hépatiques, TSH) car overlap myocardite–myosite–myasthénie est classique. IRM cardiaque si stable, mais en choc la biopsie endomyocardique se discute. Traitement : arrêt ICI et bolus de méthylprednisolone 1 g/j 3 jours puis 1–2 mg/kg/j, avec escalade précoce (mycophénolate/abatacept/ATG) si non-réponse. Coronarographie à discuter selon probabilité/instabilité.
Tableau très évocateur d’une myocardite fulminante liée aux immune checkpoint inhibitors (ICI), diagnostic à ne pas confondre avec un SCA. Les éléments clés : choc + dyspnée rapidement progressive, sus-décalage ST diffus, troubles de conduction, troponine très élevée (souvent disproportionnée), BNP augmenté, TDM sans EP. Sous pembrolizumab, la myocardite ICI survient typiquement précocement (souvent dans les 6–8 premières semaines) et peut s’associer à myosite et/ou myasthénie (à rechercher : CPK, faiblesse, ptosis, dysphagie). Conduite pratique “time-sensitive” : arrêt ICI, avis cardio/réa, ETT immédiate, IRM cardiaque si stable mais ne doit pas retarder le traitement ; coronarographie selon contexte ; biopsie endomyocardique si doute. Traitement recommandé : bolus de méthylprednisolone 500–1000 mg/j 3 jours puis forte dose, et escalade précoce (MMF, abatacept, ATG, IVIG/PLEX) si réfractaire. Surveillance rythmique stricte (risque BAV/TV).
La présentation (choc, dyspnée, ST diffus, troubles de conduction, troponine très élevée) sous pembrolizumab évoque fortement une myocardite liée aux immune checkpoint inhibitors (ICI), à considérer avant/avec un SCA. Le ST « diffus » et les troubles de conduction orientent aussi vers une myopéricardite; la BNP élevée va avec une dysfonction myocardique. Point à nuancer : l’absence d’EP au scanner et des infiltrats discrets n’excluent pas pneumonite ICI concomitante, ni infection. Pour étayer, il manque des examens clés : échocardiographie urgente (FEVG, troubles segmentaires, épanchement), IRM cardiaque (si stable), et surtout biopsie endomyocardique si doute/gravité. La coronarographie peut rester indiquée si suspicion SCA non écartable. En pratique, recommandations (ESMO/ASCO) : arrêt ICI, méthylprednisolone IV forte dose rapidement en cas de myocardite suspectée, monitorage rythmique/USIC, et escalade immunosuppressive si réfractaire.
Tableau très évocateur d’une toxicité cardiovasculaire liée aux checkpoint inhibitors, en particulier une myocardite immune (souvent précoce, parfois dès les 1–3 premières cures) pouvant mimer un SCA. Les arguments : choc, troubles conductifs intermittents, troponine très élevée, ST diffus (plutôt péricarditique/myocarditique) et absence d’EP au scanner. Point clé pédagogique : devant une élévation majeure de troponine + anomalies ECG sous ICI, il faut prioriser l’exclusion d’une myocardite immune (même si une coronarographie peut être nécessaire pour éliminer un SCA). Conduite pratique : arrêt immédiat de l’ICI, prise en charge en USI, ETT urgente (FEVG, dysfonction VD, épanchement), IRM cardiaque si possible mais ne pas retarder le traitement, et bolus de corticoïdes forte dose (méthylpred 500–1000 mg/j) rapidement. Discuter biopsie endomyocardique, monitorage rythmique, et rechercher myosite/atteinte neuromusculaire associée (CK, myasthénie).

Analyse globalement cohérente : le tableau (choc, dyspnée, troubles conductifs fluctuants, ST diffus non territorial, troponine très élevée) sous pembrolizumab est très compatible avec une myocardite liée aux immune checkpoint inhibitors (ICI), entité rare mais à forte mortalité, souvent précoce (souvent dans les 1–3 premières cures). Point à nuancer : un SCA reste un diagnostic différentiel à éliminer car une élévation de troponine et un ST diffus ne suffisent pas à trancher. Il faudrait citer les examens clés recommandés : échocardiographie urgente, coronarographie (ou angio-coroscanner selon contexte) pour exclure SCA, IRM cardiaque, et surtout biopsie endomyocardique si possible. Sur le plan thérapeutique, la conduite validée est arrêt ICI + méthylprednisolone forte dose immédiate (1–2 mg/kg/j voire bolus 500–1000 mg/j si fulminante) sans attendre la preuve histologique, avec escalade (mycophénolate/ATG/abatacept…) si réfractaire; infliximab à éviter en insuffisance cardiaque. Sources : recommandations ESC cardio-onco 2022; ASCO/NCCN irAE myocarditis.