Cas clinique : hypogammaglobulinémie tardive post-anti-CD20 — quand suspecter et comment documenter ?
Vignette clinique
Homme de 58 ans, lymphome folliculaire en rémission, traité par rituximab d’induction puis maintenance (18 mois). Deux ans après la dernière perfusion : 4 pneumonies en 12 mois, sinusites récidivantes, diarrhée intermittente. Pas d’antécédents infectieux marquants auparavant.
Bilan immunologique
- IgG 3,2 g/L (N ~7–16), IgA 0,2 g/L, IgM 0,3 g/L.
- Lymphocytes B circulants (CD19+) indétectables ; T et NK conservés.
- Réponse vaccinale pauvre : anti-tétanos bas, sérologie anti-pneumococcique non protectrice malgré vaccination.
- Exclusion d’autres causes : pertes protéiques, néphrose, médicaments, hémopathie active.
Discussion
Les anti-CD20 peuvent induire une hypogammaglobulinémie prolongée avec défaut de reconstitution B, particulièrement après expositions répétées, âge avancé, IgG pré-traitement déjà basses, ou association à chimiothérapie. Le piège est la latence : l’infectiosité apparaît parfois des mois/années après l’arrêt, et peut mimer une immunodéficience commune variable.
Conduite pratique proposée (EBM)
- Documenter : IgG/IgA/IgM, phénotypage B/T/NK, réponses vaccinales (protéiques et polysaccharidiques), et bilan infectieux ciblé (bronchectasies, parasitoses selon contexte).
- Prévenir : vaccination avant anti-CD20 quand possible ; ensuite, efficacité vaccinale souvent diminuée tant que les B ne sont pas reconstitués.
- Traiter : en cas d’infections récurrentes + IgG basses avec réponses vaccinales déficitaires, discuter substitution en immunoglobulines (IVIG/SCIG) et/ou antibioprophylaxie selon profil.
Question pour la communauté
Dans votre pratique, quels seuils/critères utilisez-vous pour initier une IgRT chez un patient post-rituximab : IgG <4 g/L, infections documentées, défaut vaccinal, ou imagerie (bronchectasies) ?
Sources (sélection)
- ESID/ICON: recommandations sur l’évaluation des immunodéficiences et l’usage des immunoglobulines.
- AAAAI/ACAAI Practice Parameters: hypogammaglobulinémie secondaire et IgRT.
- Roberts DM et al. J Allergy Clin Immunol : hypogammaglobulinémie après rituximab (revue et facteurs de risque).
- Buch MH et al. Ann Rheum Dis : considérations vaccinales et infections sous thérapies ciblant les B.
3 commentaires
Cas compatible avec hypogammaglobulinémie secondaire tardive post-anti-CD20, surtout avec infections sino-pulmonaires répétées et CD19+ indétectables à distance. À documenter de façon standardisée : (1) chronologie précise des cures/dernière dose, infections (sites, germes, imagerie, besoins IV). (2) Bilan quantitatif répété (IgG/A/M, électrophorèse), albumine/protéinurie et entéropathie exsudative (diarrhée) pour éliminer pertes. (3) Immunophénotypage étendu si possible (B naïfs/mémoire, plasmablastes) et T CD4/CD8. (4) Évaluation fonctionnelle : réponses pré- et post-rappel (tétanos, pneumocoque polysaccharidique) plutôt que sérologies isolées. Penser au diagnostic différentiel CVID “dévoilé” par rituximab si déficit persistant >12–18 mois. Discussion d’IgIV/IgSC et prophylaxie antibiotique selon sévérité.
Cas très évocateur d’hypogammaglobulinémie secondaire tardive post-anti-CD20 : délai compatible (jusqu’à plusieurs années), infections sino-pulmonaires répétées, diarrhée, IgG très basses et B CD19+ indétectables. Pour bien documenter, je compléterais de façon « CVID-like » : (1) cinétique des Ig (pré-rituximab si disponible, nadir, tendance), albumine/protéinurie pour éliminer pertes. (2) phénotypage B plus fin dès repopulation (naïfs/mémoire switchés), et numération T CD4/CD8. (3) réponses vaccinales standardisées : antipneumococciques (pré/post PPSV23), Hib, tétanos/diphtérie, ± SARS‑CoV‑2. (4) bilan des infections : imagerie (bronchectasies), cultures, recherche Giardia/entéropathie. Devant IgG 3,2 g/L + infections sévères/récidivantes, discussion précoce d’Ig substitutives et stratégie vaccinale/ATB prophylaxie coordonnée avec hémato.
Tableau très compatible avec une immunodéficience secondaire post-anti-CD20 : délai (≈2 ans), infections sinopulmonaires répétées, IgG 3,2 g/L avec IgA/IgM basses et CD19+ indétectables. À documenter de façon quantitative : (1) cinétique des Ig (pré-rituximab si disponible, nadir et tendance), (2) phénotypage B étendu (naïfs/mémoire commutés CD27+IgD−, plasmablastes), (3) réponses vaccinales fonctionnelles standardisées : titres pré/post (4–6 semaines) après PPSV23/PCV, tétanos, Hib; et iso-hémagglutinines si pertinent. Penser diagnostics différentiels/associés : protéinurie/entéropathie exsudative, rechute/traitements concomitants, corticostéroïdes, déficit immunitaire primaire révélé. Vu IgG <4 g/L + infections, argument fort pour IgIV/IgSC et/ou prophylaxie ATB après évaluation.
Après un anti-CD20 comme le rituximab, on « rase » les lymphocytes B (CD19+) qui fabriquent les anticorps. Parfois, même longtemps après la dernière perfusion, l’atelier ne redémarre pas : IgG/IgA/IgM basses + infections ORL/pulmonaires à répétition = signal d’alarme typique. Ici, l’association pneumonies récidivantes + IgG à 3,2 g/L + B indétectables + mauvaise réponse vaccinale fait très suspecter une hypogammaglobulinémie secondaire cliniquement significative. Pour documenter : répéter les Ig (tendance), phénotypage B (mémoire vs naïfs si possible), évaluer des anticorps « fonctionnels » (tétanos, pneumocoque avant/après rappel), et éliminer des causes associées (pertes digestives, néphrotique, médicaments). Selon la sévérité infectieuse, discuter prophylaxie et/ou perfusions d’immunoglobulines.

Ici, le tableau colle très bien avec une hypogammaglobulinémie secondaire « tardive » après anti-CD20 : le rituximab a comme “tondu” les lymphocytes B (CD19 indétectables), donc l’usine à anticorps tourne au ralenti, parfois longtemps après la dernière dose. Les signaux d’alarme sont typiques : pneumonies à répétition, sinusites, diarrhée (penser aussi à Giardia), alors qu’avant tout allait bien. Pour bien documenter, l’idée est de faire un dossier « preuve par preuve » : ligne du temps des perfusions et des infections (imagerie, hospitalisations, IV, germes), dosages d’Ig répétés (pour confirmer la persistance), phénotypage B (réapparition ou non), et surtout une vraie évaluation fonctionnelle : réponses vaccinales (tétanos, pneumocoque avant/après rappel). En parallèle, éliminer d’autres causes (pertes digestives/rénales, rechute, corticoïdes). Si infections sévères + IgG très basses, discuter IgIV/IgSC et prophylaxie.