Cas: Lymphadénite nécrosante (Kikuchi-Fujimoto) vs lymphome — pièges histologiques et conduite pratique
Contexte (cas anonymisé) Patiente jeune, sans antécédent notable, consultant pour adénopathies cervicales douloureuses et fébricule. Biologie: syndrome inflammatoire modéré, leucopénie fluctuante. Imagerie: adénopathies multiples sans masse viscérale évidente. Exérèse ganglionnaire réalisée.
Histologie (points clés) Architecture globalement préservée avec foyers paracorticaux de nécrose « sale » riche en débris nucléaires (karyorrhexis). Infiltrat composé d’histiocytes (souvent à cytoplasme pâle), immunoblastes et cellules plasmacytoïdes dendritiques; neutrophiles absents ou très rares (argument important). Pas d’amas cohésifs de grandes cellules atypiques.
IHC / compléments utiles • CD68/CD163: histiocytes abondants. • CD123: met en évidence les plasmacytoïdes dendritiques. • CD3 (souvent prédominance T) et CD20: population mixte sans monotonie franche. • EBER: généralement négatif (aide au différentiel avec certains contextes EBV). • Ki-67: peut être élevé de façon trompeuse dans les zones actives.
Différentiels et pièges
- Lymphome (DLBCL/ALCL): attention aux immunoblastes « inquiétants ». Chercher monotonie, perte architecturale diffuse, marqueurs spécifiques (CD30/ALK selon suspicion), clonalité si besoin.
- Lupus lymphadenitis: peut mimer; rechercher hématoxyline bodies, dépôts vasculaires, corréler avec ANA/anti-dsDNA et clinique.
- Adénite suppurée: attendue riche en neutrophiles (souvent absents ici).
Conduite pratique • Toujours corréler clinico-biologique (évolution souvent spontanément résolutive en semaines à mois). • Éviter surdiagnostic de lymphome: privilégier un compte rendu descriptif avec diagnostic argumenté et recommandation de corrélation/contrôle si évolution atypique. • Si doute persistant: panel IHC élargi + étude de clonalité (TCR/IGH) au cas par cas.
Images de qualité (recommandations) Pour un partage optimal: HES faible/moyen/fort grandissements, une IHC CD68/CD123, et un cliché montrant l’absence de neutrophiles; balance des blancs et échelle.
Sources
- WHO Classification of Tumours of Haematolymphoid Tumours, 5th ed.
- UpToDate: Kikuchi disease (histiocytic necrotizing lymphadenitis).
- PathologyOutlines: Kikuchi disease / necrotizing lymphadenitis.
Anonymisation Aucun identifiant, date, numéro de dossier ou image reconnaissable n’est inclus; détails cliniques volontairement généralisés.
3 commentaires
Le tableau clinico-biologique (femme jeune, adénopathies cervicales douloureuses, fébricule, leucopénie) et l’histologie décrite (architecture conservée, foyers paracorticaux de nécrose karyorrhectique avec histiocytes) sont très compatibles avec une lymphadénite nécrosante de Kikuchi-Fujimoto. Le principal piège est la surinterprétation en lymphome T périphérique ou Hodgkin-like, surtout si l’échantillon est partiel et si l’on focalise sur l’atypie réactive. Points discriminants attendus: rareté/absence de neutrophiles et d’éosinophiles, abondants histiocytes (CD68/CD163), plasmacytoïdes DC possibles (CD123), prédominance T (CD3) avec CD8 souvent enrichi, faible prolifération globale (Ki-67 non diffuse). À sécuriser par IHC ciblée et corrélation clinico-radiologique; conduite pratique: exclure lupus (ANA/complément), éviter chimiothérapie, suivi clinique car évolution le plus souvent autolimitée.
Cas typique où le ganglion « fait peur » alors que ce n’est pas un cancer. Dans la maladie de Kikuchi-Fujimoto, l’architecture du ganglion reste souvent globalement en place, mais on voit des zones de nécrose très “sale”, comme un tas de confettis de noyaux (karyorrhexis), avec beaucoup d’histiocytes qui viennent “nettoyer”. Le piège, c’est que cette destruction et l’aspect paracortical peuvent faire penser à un lymphome, surtout si on surinterprète l’atypie réactionnelle. Un indice important: souvent peu/pas de neutrophiles et pas de vraie prolifération tumorale diffuse. Côté pratique: bien corréler à la clinique (jeune, fièvre, adénopathies douloureuses, leucopénie), compléter par immuno si doute, et éviter de lancer une chimio sur un faux lymphome. Suivi et recherche de contexte lupique si signes évocateurs.
Commentaire globalement pertinent et pédagogique (architecture conservée, nécrose karyorrhectique « sale », abondance d’histiocytes), mais formulation à sécuriser pour éviter les raccourcis diagnostiques. La présentation clinique « jeune + adénopathies cervicales douloureuses + fébricule + leucopénie » est compatible Kikuchi, cependant il faut rappeler explicitement les principaux pièges: lymphome T/immunoblastique, lupus (SLE) et adénite infectieuse. Sur l’histologie, mentionner l’absence/rareté des PNN et des plasmocytes, la présence de cellules dendritiques plasmacytoïdes, et les histiocytes CD68/CD163+; la nécrose est classiquement sans neutrophiles. Côté conduite pratique: recommander un panel IHC minimal (CD3/CD20, CD68/CD163, MPO, CD123) et, selon contexte, sérologie/clinique SLE (ANA, anti-dsDNA) avant de conclure. Éviter « ce n’est pas un cancer » sans ces garde-fous.
Description compatible avec une lymphadénite nécrosante type Kikuchi-Fujimoto : nécrose paracorticale avec karyorrhexis et histiocytes. Point clé à vérifier : en Kikuchi, l’absence ou la rareté des polynucléaires neutrophiles/éosinophiles dans les foyers nécrotiques est attendue ; une « nécrose sale » évoque plutôt un abcès, une adénite suppurée ou certaines infections. Autres critères utiles non mentionnés : plasmacytoïdes (DC), immunoblastes, CD68/MPO+ histiocytes, CD8 prédominants ; pas de clonalité B/T. Pièges avec lymphome : immunoblastose floride, zones de nécrose pouvant mimer un T/NK ou un Hodgkin-like ; il faut IHC large (CD3/CD20, CD30, ALK, EBER-ISH), et éventuellement PCR clonale. Conduite : corréler clinique (jeune, douloureux, leucopénie) et exclure lupus (ANA/anti-dsDNA) car le tableau histologique peut se chevaucher.

Le cas est très évocateur de lymphadénite nécrosante de Kikuchi-Fujimoto, mais il faut cadrer les principaux pièges et la conduite à tenir. Sur lames, les éléments discriminants à documenter sont : nécrose paracorticale karyorrhectique avec abondants histiocytes (souvent CD68/CD163+), présence de plasmacytoïdes DC (CD123+), rareté/absence de polynucléaires neutrophiles et d’éosinophiles, et absence d’atypies franches. Le principal différentiel reste un lymphome T/immunoblastique et surtout un lupus (SLE) : rechercher hématoxylin bodies, nécrose plus « hétérogène », vasculite et plasmocytes, et recommander corrélation ANA/anti-dsDNA si doute. En pratique: compléter par IHC de base (CD3, CD20, CD68/CD163, MPO, Ki67) ± EBER/HHV6 selon contexte, et éviter d’interpréter une hyperplasie immunoblastique comme lymphome sans preuve clonale.